Dans les métiers artisanaux du luxe, un geste s'apprend dans l'atelier, sous l'œil d'un formateur, par la répétition. Le problème n'est pas pédagogique. Il est logistique : comment garantir que des centaines d'apprentis répartis dans plusieurs écoles reçoivent la même formation, au même niveau d'exigence, avec les mêmes repères ? En développant avec Myxed deux modules immersifs intégrés à un parcours de formation dédié, cette maison du luxe a déployé plus d'une centaine de casques dès la première année, dans une quinzaine d'écoles. Depuis 2021, plus de 2 000 apprentis ont suivi ce parcours.
Un enjeu de transmission à grande échelle
Former un artisan à l'inspection et à la découpe du cuir, à la prise en main des machines et des outils de l'atelier, ce n'est pas seulement enseigner une technique. C'est transmettre un niveau d'exigence, un regard, une façon de tenir le matériau. Des savoir-faire qui résistent aux supports vidéo et aux manuels, parce qu'ils s'acquièrent par le geste, pas par la lecture.
Les méthodes classiques ont leurs limites quand la formation doit passer à l'échelle. Un formateur peut encadrer une promotion à la fois. Une démonstration ne se rejoue pas à l'identique pour chaque apprenti. Et mettre des peaux nobles à disposition pour les exercices a un coût direct, en rebuts et en matière gâchée.
À mesure que le réseau de formation s'étend, ces limites deviennent un enjeu opérationnel. Les apprentis arrivent avec des niveaux hétérogènes selon leurs conditions d'accès aux équipements. Les formateurs consacrent du temps aux bases, au détriment des apprentissages plus fins. La cohérence entre les écoles n'est pas garantie.

Le déclencheur
Un constat s'est imposé : les conditions d'apprentissage variaient d'une école à l'autre, et l'encadrement individuel devenait difficile à maintenir à mesure que les promotions grandissaient. L'objectif était de mieux préparer les apprentis avant leur entrée en atelier.
L'équipe a retenu deux cas d'usage prioritaires : ceux qui concentraient le plus de temps de formateur, le plus de risque d'erreur sur matière, et le plus grand écart de niveau entre les promotions. Ce sont eux qui ont fondé la collaboration avec Myxed.
Deux modules, un environnement de formation cohérent
Le premier module couvre la prise en main des machines et des outils de l'atelier. Les apprentis découvrent les équipements, comprennent leurs réglages, répètent les opérations dans un environnement simulé avant toute manipulation réelle. Ils peuvent recommencer autant de fois que nécessaire, sans mobiliser du temps de formateur, sans risquer un incident, sans pression de performance.
Le second module porte sur l'inspection et la découpe du cuir. Une étape critique dans les métiers de la maroquinerie, qui demande un œil formé, une gestuelle précise, et une capacité à lire la matière avant d'y porter un outil. La réalité mixte permet de superposer des repères visuels sur la peau, de guider le geste et de fournir un retour immédiat sur la précision de l'exécution. L'apprenti développe sa gestuelle dans un contexte reproductible, sans gâchis de matière.
Les deux modules sont hébergés dans un système de gestion d'apprentissage conçu pour ce contexte artisanal. Chaque apprenti suit une progression individuelle, visible par les formateurs. La plateforme intègre cette cohérence dans sa structure : un même référentiel pédagogique pour toutes les écoles du réseau.
Ce qui change pour les formateurs et les apprentis
Avant ces modules, une part significative du temps de formation initiale servait à installer les bases : identifier les équipements, comprendre les repères, s'approprier les gestes fondamentaux. Ce temps variait selon les écoles, les promotions, les niveaux d'accès aux matières et aux machines.
Avec les modules immersifs, les apprentis arrivent préparés à l'atelier. Ils ont rencontré les machines, répété les gestes, identifié les repères. Le formateur peut consacrer davantage de temps aux ajustements fins, aux situations complexes, à ce que seule la présence d'un expert permet de transmettre.
« Ce qui nous importait, c'était de garantir le même niveau d'exigence dans toutes nos écoles, quelle que soit la promotion. Les apprentis peuvent s'entraîner autant qu'ils en ont besoin avant de toucher la matière. Le formateur reprend là où l'immersif s'arrête. »
Ce changement est aussi organisationnel. Les formateurs ne rejouent plus les mêmes démonstrations initiales d'une promotion à l'autre. Ils interviennent sur des apprentis qui ont déjà une base, à un niveau plus avancé du parcours.
Des résultats mesurables
Dès la première année, Myxed a déployé plus d'une centaine de casques Meta Quest 3 dans une quinzaine d'écoles à travers la France. Le déploiement a été large d'emblée parce que le cas d'usage était validé en amont et les deux modules opérationnels pour le déploiement.
Depuis 2021, plus de 2 000 apprentis ont suivi une formation. Ce chiffre couvre plusieurs promotions, plusieurs niveaux, et l'ensemble du réseau d'écoles partenaires.
L'enjeu initial était la cohérence entre les sites. Elle se mesure dans les niveaux d'entrée en atelier. Les formateurs disposent d'un référentiel commun, visible et traçable via la plateforme.
Passer à l'échelle
Le socle est en place. Une quinzaine d'écoles, deux modules intégrés au parcours officiel, un système de suivi cohérent à l'échelle du réseau.
La prochaine étape concerne l'extension des cas d'usage : d'autres gestes à modéliser, d'autres étapes du métier à simuler, une progression immersive plus complète avant la mise en situation réelle. Ce modèle repose sur trois éléments : un cas d'usage précis, un déploiement à l'échelle du réseau, un suivi individuel. Il est conçu pour s'étendre.
Ce qui a été construit ne remplace pas la formation artisanale. Il la prépare.