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Comment une grande compagnie aérienne française forme ses pilotes aux procédures de prédécollage grâce à la réalité mixte

December 12, 2025 by
Myxed, Valentin LOGEAIS

Dans l'aviation commerciale, maîtriser une procédure de prédécollage s'apprend sur un poste de pilotage, par la répétition exacte du geste. Le problème n'est pas pédagogique. Il est économique et logistique : les simulateurs physiques capables de reproduire un cockpit à l'identique coûtent environ 15 millions d'euros pièce, ils sont peu nombreux face aux plusieurs milliers de pilotes d'une grande compagnie, et certaines compagnies aériennes louent leur simulateur à d'autres transporteurs pour amortir l'investissement. Pour former ses pilotes aux procédures de prédécollage sans dépendre de ces seules ressources rares, une grande compagnie aérienne française a développé avec Myxed une application de réalité mixte qui reproduit à l'échelle 1 le poste de pilotage réel, avec la gestuelle exacte de la procédure. Le dispositif permet de diviser le coût d'un simulateur physique par un facteur d'environ 15.

Un enjeu de formation coûteux et difficile à standardiser

Un pilote doit connaître par cœur sa procédure de prédécollage : vérifications avant vol, réglages du cockpit, préparation des systèmes avant la mise en route. Ce geste se répète à chaque vol, dans un ordre précis, sous la pression d'un planning serré. Il résiste aux supports papier, parce qu'il s'acquiert par la gestuelle et la mémoire musculaire, pas par la lecture.

Deux méthodes coexistent aujourd'hui pour l'entraîner. La première repose sur des simulateurs physiques, installés à Paris-Charles de Gaulle. Chaque appareil coûte environ 15 millions d'euros. Une grande compagnie n'en possède qu'un nombre restreint face à plusieurs milliers de pilotes : chaque pilote ne s'y entraîne qu'une à deux fois par an. Certaines compagnies aériennes louent leur simulateur à d'autres transporteurs pour tenter de rentabiliser l'investissement.

La seconde méthode, plus répandue, est plus rustique. Le pilote étudie une procédure au format PDF sur tablette, puis répète les gestes sur un poster mural qu'il doit se procurer lui-même, en général chez lui. L'exercice manque de réalisme face à la confrontation réelle en poste de pilotage.

Les formations se déroulent aussi à travers le monde : les rares simulateurs disponibles ne se trouvent pas toujours près de la base d'un pilote. La compagnie prend en charge l'intégralité de ces voyages, un coût logistique qui s'ajoute au coût de l'équipement. Mobiliser un avion réel pour l'entraînement représente, de son côté, plusieurs centaines de milliers d'euros par heure d'immobilisation.

Le déclencheur

Le coût et la rareté des simulateurs physiques ont poussé la compagnie à chercher une alternative capable de reproduire la même fidélité gestuelle, sans immobiliser un équipement rare ni un appareil réel. L'équipe formation a retenu les procédures de prédécollage comme premier cas d'usage : le geste le plus répété, le plus critique à mémoriser, et celui qui concentrait le plus de temps d'accès aux simulateurs existants.

Ce choix a aussi guidé le reste du projet. Une fois la mémoire musculaire de la procédure de prédécollage validée en réalité mixte, la même approche pouvait s'étendre à d'autres séquences du poste de pilotage : checklists avant vol, procédures d'urgence standards que les pilotes appellent des memory items. Le prédécollage restait le cas prioritaire, celui qui justifiait à lui seul le développement de l'application avec Myxed.

Une application fidèle au cockpit, trois niveaux d'exigence

L'application reproduit le poste de pilotage à l'échelle 1, avec la gestuelle exacte de toute la procédure de prédécollage. Le pilote retrouve les commandes, les interrupteurs et l'agencement réels de son cockpit, et répète le geste jusqu'à l'automatisme. Cette répétition entraîne la mémoire musculaire et aide à mieux intégrer des procédures que les pilotes doivent connaître par cœur.

Le dispositif s'appuie sur deux casques : le Varjo XR-4 et l'Apple Vision Pro. Myxed retient les deux pour leur résolution et leur champ de vision, nécessaires pour lire un cockpit dans le détail. Le passage au Vision Pro ajoute un atout supplémentaire, la portabilité, un avantage réel pour un métier où les pilotes se déplacent en permanence.

L'application propose trois niveaux de difficulté. Le premier affiche l'ensemble des informations et du guidage. Le second réduit ces repères visuels à l'essentiel. Le troisième retire toute information affichée : le pilote doit restituer la procédure de mémoire, dans un environnement 3D fidèle au cockpit réel. Ce dernier niveau sert de contrôle. Il vérifie si la procédure est acquise, et si le pilote est prêt à l'exécuter au quotidien.

Le dispositif enregistre chaque session du pilote, puis l'agrège à l'ensemble des formations réalisées. Ces données donnent aux formateurs des outils concrets pour évaluer et suivre la progression individuelle de chaque pilote, au-delà du seul ressenti en salle.

Ce qui change pour les formateurs et les pilotes

Avant l'application, un pilote accédait à un simulateur physique une à deux fois par an, et complétait cet entraînement rare avec un poster mural appris seul, chez lui. L'écart entre les deux méthodes creusait des différences de préparation d'un pilote à l'autre.

Avec le dispositif Myxed, le pilote s'entraîne aussi souvent que nécessaire, sans dépendre d'un créneau sur un simulateur à 15 millions d'euros ni d'un vol réel immobilisé pour l'exercice — un avion sur lequel la compagnie n'a plus besoin de bloquer d'heures d'entraînement. Le dispositif divise par deux les voyages nécessaires pour rejoindre un simulateur physique.

Le changement touche aussi les formateurs. Les données de session leur donnent une vision individuelle de la progression de chaque pilote, plutôt qu'une évaluation ponctuelle lors d'un unique passage en simulateur.

Des résultats mesurables

Le premier résultat porte sur le coût. Un simulateur physique coûte environ 15 millions d'euros. Le dispositif de réalité mixte développé avec Myxed divise ce coût par un facteur d'environ 15, sans renoncer à la fidélité du geste.

Le second résultat porte sur la logistique. Les formations se déroulaient à travers le monde. La compagnie prenait en charge chaque déplacement. Le dispositif Myxed divise par deux leur fréquence.

Le troisième résultat touche le suivi pédagogique. Le dispositif agrège les données de chaque session à l'ensemble des formations réalisées. Il donne aux formateurs des outils concrets pour évaluer et suivre la progression individuelle de chaque pilote.

Passer à l'échelle

Le socle est en place : une application fidèle au cockpit ; trois niveaux de difficulté ; un suivi individuel construit à partir des données de session. Il est conçu pour s'étendre à d'autres procédures du poste de pilotage, au-delà du seul prédécollage.

Le même principe — répéter un geste exact et critique jusqu'à l'automatisme, sans consommer la ressource rare — vaut pour d'autres métiers. Il s'applique déjà à la formation des équipages d'artillerie sur canon automoteur et à la transmission des gestes de maroquinerie de luxe.

La compagnie continue de s'appuyer sur ses simulateurs physiques pour la validation finale et sur des vols réels pour la mise en situation complète. Le dispositif de réalité mixte prépare le pilote en amont, réduit sa dépendance aux ressources les plus rares, et laisse le simulateur et l'avion réel à ce qu'eux seuls peuvent encore apporter.

Ce qui a été construit ne remplace pas le vol réel. Il le prépare.